Hikikomori : quand l’isolement devient un piège

La génération fantôme

Le phénomène du Hikikomori

Et si la solitude ne constituait plus seulement un choix, mais plutôt une manière de se préserver du monde extérieur ? Ne plus répondre aux messages. Annuler une sortie parce qu’on n’a pas l’énergie. Choisir de se retirer dans sa chambre plutôt que d’engager la conversation avec quelqu’un. Consulter les stories de ses amis sans s’impliquer dans leurs discussions. Se dire qu’on sortira demain… puis finalement rester à la maison.

Il est normal d’avoir besoin de temps seul de temps à autre. Cependant, que se passe-t-il lorsque l’isolement social devient progressif et commence à occuper une place de plus en plus importante ?

C’est dans cette dynamique qu’on peut s’intéresser à la Hikikomori, un phénomène de retrait social durable, qui fait l’objet d’une étude approfondie au Japon, mais qui est maintenant observé dans divers milieux culturels à travers le monde.

Mais c’est quoi l'Hikikomori ?

Le terme japonais « hikikomori » désigne un phénomène de retrait social important et durable. Selon la définition du ministère japonais de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, il s’agit d’un état où une personne s’éloigne de la vie sociale, comme les études, le travail ou les relations extérieures, et reste principalement chez elle pendant une période minimale de six mois.

Cela ne veut toutefois pas dire qu’une personne qui reste beaucoup à la maison est nécessairement un hikikomori.

Prendre du temps pour soi, être introverti, avoir besoin de récupérer après une semaine difficile ou préférer les activités à la maison ne sont pas des problèmes en soi. Cependant, lorsque le retrait est important, persistant et s’accompagne d’une diminution de la participation sociale, il peut devenir préoccupant.

Qu’est-ce qui distingue la solitude de l’isolement ?

La solitude et l’isolement social sont des concepts distincts.

La solitude est parfois choisie.
« J’ai besoin d’être seul ce soir. »

L’isolement social peut se transformer en une expérience subite.
« J’aimerais voir mes amis, mais je n’arrive plus à sortir de chez moi. »

Il est important de bien faire la distinction. Choisir la solitude n’est pas forcément négatif ; cela peut être une chance de se reposer ou de réfléchir. On peut aussi simplement en profiter pour faire des activités que l’on aime. Le problème survient lorsque le retrait commence à restreindre les possibilités de contact avec les autres et à rendre plus difficile le retour aux activités sociales, scolaires ou professionnelles.

L’isolement social : un cercle vicieux invisible mais parfait

L’isolement social peut s’installer lentement. Au départ, une personne peut s’abstenir d’une situation stressante, ce qui lui procure une certaine détente. La prochaine fois, éviter cette situation peut sembler encore plus facile. Les rencontres se font plus rares, les routines sociales s’estompent. La personne peut ressentir une perte de fluidité dans ses conversations, se sentir incapable d’expliquer son absence ou craindre que les autres la jugent.

Le retrait peut prendre cette forme :
Une situation éprouvante entraîne un isolement, ce qui apporte un soulagement temporaire, mais qui entraîne ensuite une diminution des interactions sociales et une anxiété accrue, conduisant ainsi à un nouveau retrait. Il ne s’agit pas simplement d’un « choix de rester chez soi ». Le recul peut devenir une tactique permettant de temporairement atténuer une gêne, mais contribuant malgré tout à prolonger l’isolement.

Quels facteurs peuvent pousser une personne à se retirer socialement ?

L’hikikomori ne s’explique pas par une seule et unique raison. Selon les études, l’anxiété, les difficultés scolaires ou professionnelles, les expériences de rejet, les conflits familiaux ou le sentiment d’échec ne sont pas des facteurs isolés, mais plutôt des éléments interconnectés qui influencent mutuellement l’état psychologique et le bien-être d’une personne. De plus, certaines personnes peuvent présenter des symptômes associés à divers problèmes de santé mentale.

Une étude récente sur les adolescents et les jeunes adultes met en évidence le fait que l’hikikomori peut être lié à diverses manifestations ou troubles psychiatriques, mais que les schémas observés varient considérablement d’une personne à l’autre.

Il est important d’éviter une explication trop simpliste. « Il s’isole parce qu’il est anxieux. » ou « Elle reste chez elle parce qu’elle ne veut pas travailler. »

Le retrait social peut revêtir diverses fonctions et être motivé par divers facteurs. Il est donc plus utile de comprendre les raisons profondes de ce retrait que de simplement conseiller à la personne de « sortir davantage ».

Qu’en est-il des réseaux sociaux ?

L’isolement se complique avec l’omniprésence des réseaux sociaux. Ces plateformes peuvent aider une personne isolée à maintenir des liens avec autrui. Envoyer un message, regarder une vidéo ensemble, ou encore participer à une communauté en ligne peut représenter une véritable connexion. Les interactions virtuelles ne peuvent pas remplacer tous les aspects de la participation sociale. Il est possible d’avoir une multitude de connexions numériques tout en se sentant profondément seul dans sa vie quotidienne. Le nombre d’amis ou d’abonnés ne suffit pas à lui seul pour évaluer le niveau de socialisation d’une personne.

« Je préfère rester chez moi » : est-ce que je dois m’inquiéter ?
Ce n’est pas forcément le cas. Il serait plus bénéfique de se poser la question suivante :
« Est-ce que cette situation correspond vraiment à mes désirs, ou suis-je en train de m’enfermer progressivement dans une impasse dont je ne sais plus comment m’échapper ?»

Quelques signes peuvent attirer l’attention :

  • Les occasions de sortir et d’interagir se font de plus en plus rares ;
  • Les études ou le travail sont abandonnés ou deviennent très difficiles à maintenir ;
  • Les messages et appels téléphoniques sont évités systématiquement ;
  • L’idée de quitter son domicile devient angoissante ;
  • Les journées semblent se répéter sans cesse ;
  • La personne souhaiterait renouer avec certains contacts, mais ne sait pas comment s’y prendre ;
  • L’isolement a persisté pendant plusieurs mois et a commencé à affecter différentes sphères de sa vie.

Ces signes ne permettent pas de poser un diagnostic, mais peuvent indiquer qu’il serait pertinent de chercher une aide.

Reprendre contact : il n’est pas nécessaire de tout changer du jour au lendemain

Lorsqu’une personne se sent profondément isolée, l’idée de « reprendre une vie normale » peut paraître intimidante. Il est souvent plus réaliste de commencer par de petits pas. Répondre à un message. Envoi d’un texto à une personne de confiance. Sortir pour prendre l’air pendant quelques minutes. Aller chercher un café. Reprendre une activité qui était auparavant plaisante. Parler à un expert.

L’objectif n’est pas nécessairement de passer directement de « je ne vois personne » à « je dois recommencer à avoir une vie sociale active ». Il est proposé de rétablir graduellement des occasions de rencontre et d’interaction. Le ministère japonais de la Santé met de l’avant l’importance d’aborder cette problématique en considérant chaque situation individuellement, plutôt que de la traiter comme une réalité unique et globale.

Pourquoi ne pas entamer la discussion sur le sujet ?

Finalement, l’hikikomori soulève une question qui dépasse le contexte japonais.
Combien de temps peut-on rester isolé avant de devenir un fantôme de la société ?

L’isolement social ne se manifeste pas toujours de manière ostentatoire. Il peut débuter par l’annulation de quelques sorties, l’absence de réponse à certains messages ou une tendance à rester chez soi. Certains individus traversent cette phase sans encombre. Pour d’autres, l’isolement s’enracine et devient de plus en plus ardu à rompre. Parler d’un hikikomori ne signifie pas chercher à étiqueter les personnes qui aiment être seules.

Il s’agit plutôt d’une manière de réfléchir à la distinction entre la solitude volontaire et l’isolement qui peut finir par restreindre notre existence.

Parfois, la reconnexion avec les autres ne nécessite pas une profonde métamorphose. Ça peut tout simplement débuter par un message :

« Ça fait longtemps. Comment vas-tu? ».

À propos de l’autrice de ce blogue : Kim Caron

Je suis étudiante en quatrième année au baccalauréat en orthopédagogie, volet primaire et secondaire (UQAC), où je complète également des mineures en psychologie et en linguistique anglaise. Je m’implique aussi dans un projet de recherche, ce qui me permet d’approfondir mes connaissances et de développer mon intérêt pour la compréhension du fonctionnement humain. Je m’intéresse particulièrement à la neuropsychologie, aux neurosciences et à la santé mentale, notamment aux répercussions des traumatismes.

À travers la rédaction d’articles de blogue, je souhaite contribuer à la vulgarisation des connaissances scientifiques et à la sensibilisation à différents enjeux psychologiques et sociaux.


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